Littérature·Romans

Jour de courage

Jour de courage, roman de Brigitte Giraud aux Éditions Flammarion.

La Petite Histoire :

Livio, 17 ans, présente un exposé sur les autodafés nazis. L’occasion pour lui de parler aussi de Magnus Hirschfeld, défenseur des droits homosexuels du début du 20ème siècle. Une occasion à peine voilée de faire son coming-out. Ce sera pour Livio un Jour de courage. Un Jour de courage, vraiment ?

L’avis de la Belette :

La période de la Seconde Guerre Mondiale dans la littérature m’intéresse beaucoup. Je vous ferais un article sur mes lectures marquantes sur ce thème si cela vous intéresse. L’auteure m’a permis de connaître Magnus Hirschfeld (1868-1935). C’était un médecin juif-allemand qui fut le premier à lutter contre la pénalisation de l’homosexualité et à proclamer que celle-ci n’est pas une maladie. Il quitta l’Allemagne dès 1931 lors de l’avènement du nazisme et s’exila en Suisse puis en France, où il décéda. En 1933, son institut de recherche fut saccagé par les nazis. Les livres qui y étaient ont été brûlés sur la place publique de Berlin.

Jour de courage est aussi un roman engagé sur l’homosexualité. L’auteure interroge sur ce qu’implique un coming-out et les conséquences que celui-ci peut avoir au niveau familial, social et personnel.

C’est aussi un roman sur le courage, le courage d’être soi mais aussi d’aller jusqu’au bout de ses idées. Ce courage que je mettrais en parallèle avec les autodafés, le feu. Livio, qui est prêt à faire son coming-out quitte à y laisser sa peau, à se brûler. Magnus Hirschfeld, dont la bibliothèque a été brûlée.

Un roman sous forme de huis-clos avec une tension maintenue tout au long de ce livre. Une écriture touchante, toute en émotions. Un tout petit bémol : les réactions vis-à-vis de Livio sont toutes négatives, il manque un peu de lumière. C’est néanmoins un roman intéressant.

Bref, j’ai beaucoup aimé !

Sortie prévue le 21 août 2019.

Littérature·Romans

Cadavre exquis

Cadavre exquis, primo-roman de Agustina Bazterrica, auteure argentine, aux Éditions Flammarion.

La Petite Histoire :

Marcos est séparé de sa femme Cécilia depuis le décès de leur enfant. Il travaille dans un abattoir. Or depuis qu’un virus a exterminé la quasi totalité des animaux, l’abattoir s’occupe de trancher, découper … Des humains ! La conscience de Marcos va être d’autant plus chamboulée lorsqu’on lui offre une « tête », une viande humaine de premier choix.

L’avis de la Belette :

Une dystopie qui n’en est pas vraiment une, tant elle paraît proche de nous. Un livre avec des thématiques qui interpellent. Ce roman interroge sur le cannibalisme, le véganisme, sur notre façon de consommer la viande. Les descriptions sont très précises, ce roman est bien documenté. Tellement précises que l’on se croirait dans un reportage sur les abattoirs. C’est aussi glaçant tant c’est saisissant de réalisme. J’ai parfois eu la nausée en le lisant. C’est un roman qui met mal à l’aise autant qu’il questionne. Et pourtant, j’ai eu du mal à le lâcher…

Un roman qui nous renvoie à notre propre rapport aux animaux. Et vous, que feriez-vous lorsqu’il n’y aura plus de viandes de disponible ? L’auteure a choisi entre le véganisme et le cannibalisme dans ce roman et le résultat est effrayant. D’autant plus effrayant que l’on se dit que tout ceci peut malheureusement devenir possible…

Cadavre exquis est très bien mené avec un suspense garanti jusqu’au bout. Une fin fracassante à laquelle je ne m’attendais pas, qui m’a retourné, mais qui en dit long sur la nature humaine.

Un roman que je ne conseille pas à tout le monde, âmes sensibles s’abstenir !

Bref, j’ai adoré !

Sortie prévue le 21 août 2019.

Littérature·Romans

Tous tes enfants dispersés

Tous tes enfants dispersés, roman de Beata Umubyeyi Mairesse, aux Éditions Autrement.

La Petite Histoire :

Blanche est une métisse rwandaise qui est arrivée en France en 1994, année du génocide rwandais. Après quelques années d’exils, elle retourne au pays et retrouve sa famille. Les souvenirs resurgissent…

L’avis de la Belette :

Un roman que je vais mettre en parallèle avec Petit Pays de Gaël Faye. A mon sens, ce sont 2 lectures complémentaires. Même si les thèmes de ces 2 romans ne sont pas les mêmes, les questions d’identité et du génocide rwandais se complètent.

Tous tes enfants dispersés est une lecture bouleversante et intéressante sur le génocide rwandais. Certes, ce n’est pas le thème principal de ce roman mais les conséquences de cette tragédie sont très bien explicitées en termes de pertes : humaines, professionnelles, matérielles et familiales. La mère de Blanche, Immaculata, a perdu des membres de sa famille et l’épicerie qu’elle tenait. Son frère parti à la guerre en est revenu transformé. Elle retrouve un pays détruit qu’elle reconnaît à peine. J’ai beaucoup aimé les descriptions qu’elle fait de son pays dans son enfance. Ces descriptions m’ont rappelé celles de Gaël Faye, à la fois douces et nostalgiques.

Concernant le génocide, l’auteure n’est pas dans le pathos mais dans la description des ressentis, Gaël Faye, plus dans celui du vécu.

Ce roman traite aussi d’autres thèmes importants tels que le métissage, la recherche d’identité et la quête des origines. La quête des origines sur laquelle le fils de Blanche, Stokely, va enquêter. Il lit, se documente, questionne sa grand-mère, va lui rendre visite. Il veut connaître ce pays qui est aussi un peu le sien.

La part des femmes est aussi très importante dans ce roman. Que ce soit Blanche ou Immaculata, elles véhiculent des images de femmes fortes qui ont dû se battre pour arriver où elles en sont malgré les coutumes familiales et ce qu’elles sont.

Un livre doux, sensible et fort à la fois. Un roman qui est plus ou moins autobiographique, l’auteure ayant elle-même fui le Rwanda en 1994. Il y a un peu de Blanche dans Beata et inversement.

Bref, j’ai beaucoup aimé !

Sortie prévue le 21 août 2019.

Littérature·Romans

Sale gosse

Sale gosse, primo-roman de Mathieu Palain, aux Éditions l’Iconoclaste.

La rentrée littéraire 2019, c’est parti ! Cette année, 524 livres vont sortir. J’ai eu la chance de gagner à un concours les livres de la rentrée littéraire des Éditions Flammarion. J’en ai déjà lu quelques-uns dont je vous parlerais la semaine prochaine. J’ai obtenu Sale gosse grâce à Babélio, que je remercie pour cet envoi.

La Petite Histoire :

Wilfried est un jeune homme dont le début de la vie n’est pas facile. Abandonné par sa mère, il va être suivi par la PJJ (la Protection Judiciare de la Jeunesse). Il va se retrouver dans une famille d’accueil pendant 15 ans. La PJJ va malheureusement le recroiser car promis à un brillant avenir footbalistique, Wilfried a pété un plomb et c’est tout son fragile équilibre qui s’effondre.

L’avis de la Belette :

Si vous avez vu l’excellent film Polisse, vous ferez obligatoirement un lien avec lui. L’auteur en parle lui-même à la fin de ce roman.

J’avais demandé à lire ce roman car c’est un sujet qui m’intéresse. Je travaille dans le médical et les romans de type sociologique ou médicaux m’intéressent beaucoup et m’incitent à la réflexion et la compréhension de certaines problématiques sociétales.

Un roman social, sociologique, sur l’abandon, le manque d’amour. C’est aussi un roman qui traite de ces enfants délaissés par leurs familles et qui se retrouvent livrés à eux-mêmes. Ces enfants qui sont en perte d’identité. Ils ne savent plus trop qui ils sont car pour la plupart ils ne savent pas d’où ils viennent. Un roman sans concession, où rien ne vous sera épargné. La souffrance certes mais aussi les violences qui en découlent.

J’ai adoré les personnages créés par l’auteur. Ce dernier avouera lui-même que des personnages sont issus de témoignages de la PJJ, son père travaillant dans cette institution. Wilfried est un jeune ado attachant qui en perpétuel recherche d’amour et de reconnaissance qui joue aux durs mais qui est un être profondément sensible. Il souhaite être aimé pour ce qu’il est. Son parcours reflète le courage de certains de ces enfants à vouloir essayer de s’en sortir, par le sport notamment. Wilfried est aussi un jeune homme qui a une rage contenue en lui. On le sent tout au long de ce roman que cette rage, cette colère, doit sortir et que parfois elle s’exprime face à des personnes innocentes.

Nina, l’éducatrice, qui est elle aussi issue d’une famille difficile. Elle aussi a fait du sport pour s’en sortir, comme un exutoire de toute cette violence vécue à la maison. Une personne qui a aussi du mal à trouver la « juste distance » avec ces jeunes, notamment Wilfried. Tout comme les métiers médicaux, les métiers sociaux traitent de l’humain et en tant qu’humain certaines situations, certaines personnes, nous parlent plus que d’autres. A partir de là, il est difficile de mettre une barrière entre soi et les personnes sont on s’occupe.

J’ai aussi beaucoup appris sur la PJJ, le travail et l’accompagnement des éducateurs mais aussi sur les raisons qui les poussent à faire ce métier, pourquoi ils y restent… ou pas. J’ai reconnu la difficulté à laquelle ils sont parfois confrontés face au refus des jeunes d’être aidés. Mais aussi la difficulté à laquelle parfois même en faisant ce qu’ils peuvent pour les aider, les jeunes ne s’en sortent pas. D’où l’importance parfois de « petites victoires » à laquelle ils se raccrochent. Et parfois de grandes victoires lorsqu’ils voient des jeunes s’en sortir.

Un roman documenté car le père de l’auteur travail pour la PJJ et il a pu aussi interroger d’autres éducateurs et enquêter en immersion auprès d’eux pendant 6 mois. La PJJ est un domaine dont on parle peu. Je le trouve regrettable car au final ce sont toutes leurs missions qui sont méconnues du grand public.

J’avais peur d’une fin un peu trop fleur bleue mais il n’en est rien. On sent que William va tout doucement sur le « droit » chemin mais il est encore fragile.

Un roman emplit d’humanité et saisissant de réalisme. J’ai été très touchée par l’histoire de Wilfried et j’ai eu parfois la nausée en lisant les histoires d’autres enfants. La plume de l’auteur est très intéressante et j’ai beaucoup apprécié ce premier roman que j’ai dévoré en une journée.

Bref, c’est un coup de cœur !

Sortie prévue le 21 août 2019

Littérature

Mémé Cornemuse

Mémé Cornemuse une saga écrite par Nadine Monfils, aux Éditions Pocket.

Nadine Monfils est aune auteure belge. La saga des Mémé Cornemuse comprend 5 tomes :

  • Les vacances d’un sérial killer : dans ce tome, on découvre Mémé Cornemuse en vacances avec sa famille. Dès le début, je ne savais pas que la Mémé serait la star de ce roman. C’est l’histoire d’une famille belge un peu bidochon qui va passer des vacances qui ne vont pas se passer exactement comme prévu.
  • La petite fêlée aux allumettes : Nake, élevée par sa grand-mère, va se rendre compte qu’elle a un « pouvoir » à la mort de celle-ci. Et c’est sans compter sur l’intervention de Mémé Cornemuse.
  • La vieille qui voulait tuer le bon Dieu : après une arrestation, Mémé Cornemuse se retrouve concierge dans un immeuble. Or, pour elle c’est un boulot en or car c’est l’endroit idéal pour préparer un braquage de bijouterie.
  • Mémé goes to Hollywood : cette fois-ci, c’est décidé : Mémé Cornemuse part à la rencontre de son idole JCVD (comprenez Jean-Claude Van Damme). Pour cela, elle doit se rendre à Hollywood. Mais comme d’habitude avec elle, tout ne va pas se passer comme prévu.
  • Maboul Kitchen : Mémé Cornemuse vit en maison de retraite et cherche à s’enfuir de cet endroit. Elle part avec un homme qui à sa mort va lui léguer une fortune dont elle fera un usage tout particulier…

L’avis de la Belette :

Une Mémé complètement barrée, nymphomane et vulgaire. Son seul but dans la vie ? Séduire JCVD (Jean-Claude Van Damme). Et pour aboutir à ses fins, cette mamie pas comme les autres a plus d’un tour dans son sac quitte à laisser des cadavres derrière elle. Son autre idole ? Annie Cordy et attention à vous si vous en dites du mal…

C’est drôle, complètement décalé et ça part dans tous les sens. L’auteure joue beaucoup avec les mots. Un univers loufoque, ne cherchez pas toujours du sens à ce que vous lisez… Ce style ne conviendra pas à tous. Commencez par le premier et vous saurez si vous y adhérez. Ils sont tous sur le même ton. Pour ma part, essayer Mémé, c’est l’adopter ! De bons moments de détente et de franche rigolade en perspective.

L’auteure, qui vit à Montmartre, ne manque pas de faire des clins d’œil à son cher pays natal, la Belgique. Au cours de ces tomes, vous en apprendrez beaucoup sur ce pays en terme de coutumes, de mangeage, de breuvage, d’expressions toutes aussi hilarantes les unes que les autres et de nouveaux noms d’oiseaux.

Dans ce dernier tome, un personnage d’une autre saga de l’auteure, Elvis Cadillac, fait une petite apparition, comme un passage de relais. J’ai hâte de le découvrir. Une Mémé que j’ai eu de la peine de quitter pour ce 5ème et dernier opus… Elle va me manquer, Mémé Cornemuse !