Sa vie dans les yeux d’une poupée, un thriller d’Ingrid Desjours publié aux Éditions Plon.
La Petite Histoire :
2 écorchés de la vie. Barbara est une jeune femme réservée qui vit encore chez sa mère. Cette dernière n’est pas tendre avec sa fille. Le seul réconfort de Barbara, ses poupées de porcelaine.
Marc est un flic qui tente de se remettre d’un accident de voiture dans lequel sa femme est décédée. Il en est marqué autant psychologiquement que physiquement, son corps en porte les stigmates.
L’avis de la Belette :
Ce fût mon premier thriller d’Ingrid Desjours et ce ne sera pas le dernier. Ce livre se lit rapidement et c’est très addictif, un véritable page-turner.
J’ai beaucoup apprécié la psychologie de ces 2 personnages en souffrance. L’auteure s’est beaucoup documentée et la pathologie psychiatrique est bien analysée et bien développée.
Le personnage de Marc est particulièrement antipathique, surtout au début. Je l’ai cordialement haï dans son côté cynique et misogyne. J’ai ressenti beaucoup d’empathie pour Barbara, un personnage qui semble tellement fragile de prime abord…
C’est un thriller très noir au final, l’intrigue est bien menée et efficace. Même si l’on peut deviner des éléments de l’intrigue, il n’en demeure pas moins que l’auteure réussit à nous emporter pleinement dans ce récit.
Je trouve que la thématique du regard est très présente dans ce thriller. Le regard que l’on porte sur soi, sur son propre corps, sur qui l’on est mais aussi le regard que les autres ont sur nous, qui parfois nous embellit et qui nous fait voir différemment dans les yeux de l’autre. Et puis il y a aussi la cécité de la mère de Barbara, qui montre ce qu’elle aurait pu (ou dû) voir ou de ce qu’elle ne veut pas voir…
Attention aux âmes sensibles, une scène a été particulièrement difficile à lire.
Quel autre titre de l’auteure pouvez-vous me conseiller ?
Le jour où j’ai choisi ma famille, un témoignage de Stéphanie Callet publié aux Éditions Dunod.
J’ai reçu ce livre en avant-première, la sortie étant initialement prévue début mai. Au vu des circonstances, sa sortie a été repoussée. Il est disponible depuis la semaine dernière à la vente. Merci aux Editions Dunod et particulièrement à Christine pour l’envoi de ce livre.
Stéphanie naît dans une famille entre un père alcoolique et une mère dépressive. Étant négligée par ces derniers, elle est placée à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) quelques semaines seulement après sa naissance. Ses parents auront des droits de visite, qu’ils n’utiliseront que trop peu.
Juste avant son premier anniversaire, elle est placée dans une famille d’accueil, chez Véronique et Xavier. Au fil des années, le sens du mot famille prend chez eux tout son sens. Malgré que ce couple ait déjà 5 enfants, Stéphanie a su trouver sa place au sein de cette famille et se sent en faire partie. Elle va découvrir les valeurs liées à la famille, mais aussi tout ce que ceci englobe en termes d’amours, de tendresse, de communication, de partage et comme souvent aussi dans les familles, de disputes.
La seule ombre au tableau demeure le placement. En effet, chaque année celui-ci doit être renouvelé par un juge. Au cas où celui-ci ne le serait pas, elle devra rejoindre sa famille d’origine. C’est chaque année, une période source d’angoisse pour Stéphanie.
Dans ce témoignage touchant, j’ai beaucoup appris sur l’ASE, une institution que je ne connaissais que trop peu. Stéphanie Callet met le doigts sur différents dysfonctionnements au sein de cette institution.
On se rend compte que la parole de l’enfant est négligée. Les ressentis, les émotions de l’enfant ne sont pas pris en compte. On a l’impression d’enfant-objet, plus que d’enfant-sujet.
Et puis demeure la régularité des suivis. En effet, son dossier a été suivi par différents acteurs. A chaque nouvel éducateur, il doit prendre connaissance du dossier, créé un lien de confiance avec Stéphanie. Comment prendre en charge correctement un enfant dans ces conditions ?
Au prix d’un long combat, Stéphanie a pu enfin choisir sa famille.
Bref, c’est une belle déclaration d’amour faite à sa famille d’accueil mais aussi un cri de révolte contre l’ASE.
Trop, un roman de Jean-Louis Fournier publié aux Éditions La Différence.
Jean-Louis Fournier est un auteur que j’apprécie beaucoup lorsqu’il nous parle de lui, de sa vie, au cours de courtes scènes souvent drôles et cyniques. J’ai adoré Où on va papa, Veuf, Mon autopsie, Il n’a jamais tué personne mon papa. J’avais été moins convaincu par le CV de Dieu mais c’était surtout à cause de la thématique. L’auteur nous livre ici une critique de notre société de (sur)consommation où tout doit aller de plus en plus vite. On ne profite plus de l’instant présent.
La mise en page est TROP originale.
C’est parfois TROP drôle.
Mais le livre est TROP court.
Le livre est TROP vite lu.
Un rab n’aurait pas été de TROP.
Livre TROP cher (heureusement acheté d’occasion).
Mais l’auteur en fait TROP.
TROP de redondances, de répétitions.
A vouloir dénoncer ce TROP de consommations, il en fait un peu trop.
Deux balles, un roman noir de Gérard Lecas publié aux Éditions Jigal Polar.
La Petite Histoire :
Vincent et Willy sont frères d’armes et ont combattu en Afghanistan. Ils en sont revenus mais ont été touchés différemment. Tous les 2 ont été marqués psychologiquement mais Willy physiquement aussi. Ce dernier n’a plus l’usage de ses jambes, tandis que Vincent est sous anxiolytiques.
De retour à Marseille, ville natale de Vincent et où Willy fait sa rééducation proche de là, Vincent va revoir sa famille : ses frères Jordan et Denis et son père, propriétaire d’un hôtel accueillant des migrants. Là-bas il va retrouver Hamid, qu’il a rencontré en Afghanistan.
L’avis de la Belette :
Deux balles, c’est ce qui a coûté les jambes à Willy. C’est aussi cette pièce de monnaie avec laquelle on joue à pile ou face et qui parfois anéanti certains destins.
Ce roman très noir et très actuel traite de différents thèmes : la trahison, les magouilles mais aussi de la fratrie au sens large du terme. Celle du sang comme Vincent avec Jordan et Denis mais aussi celle que l’on se choisit, celle du cœur, comme Vincent avec Willy.
Ce roman traite aussi du syndrome du stress post-traumatique. Gérard Lecas nous parle de ces jeunes gens qui partent au front, parfois peu préparés, qui voient, vivent et subissent les pires horreurs et qui en reviennent marqués physiquement et/ou psychologiquement. Comment reprendre une vie « normale » après tout ça ? Est-ce vraiment possible ?
L’auteur revient aussi sur un thème actuel : la crise des migrants. Il parle de ces personnes qui fuient la guerre en espérant un avenir meilleur en Europe mais qui sont aussi parfois confrontés à tout aussi pire ici que chez eux. On se rend compte qu’ici la liberté a un prix, un coût certain et parfois celui de la vie.
Et puis l’argent, ce nerf des guerres. L’argent que l’on veut facile quitte à transgresser la loi, celui qui veut promettre un avenir meilleur, celui qui peut amener à trahir aussi.
Un écrit tout en force et en puissance où l’on suit le destin de Vincent. Je ne peux que vous conseillez de vous plonger dans ce roman très juste et très réaliste.